Mercredi 18 juillet 2007
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20:15
A midi, assise à monbureau en train demanger les haricots verts frais délicieux que j'ai achetés au marché de la plus belle ville
du monde, je lisais ça :
Estimant qu'à 34 ans j'étais adulte et que, donc, je pouvais lire le supplément été de Marie-Claire sans craindre les foudres
divines.
Il y a des points de vue d'hommes, c'est toujours intéressant de se faufiler de l'autre côté du miroir... En l'occurrence, c'était leur point de vue sur l'épilation des parties adéquates... Bon
appêtit bonjour !
Il y avait l'histoire de la journaliste qui s'offre une nuit avec une femme pour faire avancer la presse, il y a des témoignages sur des films pornos etc...
Pas inintéressant, cela dit, entre deux haricots verts.
Finalement, une idée en entraînant une autre, j'ai eu envie de parler de désirs, des miens, de ceux des autres, en voyant avec quelle facilité les gens en parlaient.
Bon, je vous passerai mon avis éclairé sur l'épilation ticket de métro et vous parlerai plutôt de mon rapport au désir, aux désirs.
Je me suis rendu compte, en lisant ce supplément bien innocent, que, finalement, le désir était quelque chose que je souhaitais contrôler le plus possible.
Le mien, d'abord. C'est facile. J'éprouve très rarement du désir. Et quand j'en éprouve, il dure...! Cela dit, quand il me surprend, je n'en ai pas peur. Peut être parce qu'il me surprend
rarement.
Le désir des autres est plus difficile à contrôler. Plus encombrant, plus intimidant, il me fait plus peur. Il me fait peur tout court. J'ai compris ça, soudain.
Je veux être libre du désir des autres. Je veux choisir ceux qui ont du désir pour moi, je ne veux pas subir le désir - même non exprimé - de ceux que je n'ai pas choisis. Je veux être toute
puissante du désir.
Je ne veux pas que le désir me dépasse.
Sinon je suis mal à l'aise, je suis déstabilisée, j'ai peur.
Comprenez, il y a vraiment très très peu de moments dans la vie où je ne contrôle pas les choses. Même la parole intime, personnelle, je la maîtrise : quand je me dévoile, je sais ce que je dis,
ce que je fais, jusqu'où je vais, jusqu'où je ne vais pas. Je ne perds jamais de vue le contrôle. Ce n'est pas une volonté, ce n'est pas un calcul, c'est comme ça. Un mode de fonctionnement,
sûrement. Je suis comme ça. Ou je suis devenue comme ça.
Hier soir, un collègue m'a envoyé un sms de travail et a ajouté que j'avais une jolie robe. J'étais très mal à l'aise, je ne voulais pas en entendre parler. Parce que, ne me le dire que le soir,
alors qu'il aurait pu le dire en riant pendant la journée, signifiait qu'il m'avait observée toute la journée. Et puis, c'était incongru : c'est un collègue, il est marié et nos rapports, bien
que très affectueux, ne sont pas du tout sur ce registre. Je n'aime pas ça.
Je ne veux pas qu'on me regarde, je ne veux pas qu'on me désire.
Sauf si je l'ai choisi.
Même si je fais en sorte de m'habiller de manière relativement élégante et attirante : je ne mets pas des sacs pour qu'on ne me voie pas !
Je veux qu'on me regarde mais pas avec ses yeux là.
Compliqué, me direz vous.
Freudien, oedipien... !
Sûrement.
C'est pour cela, sans doute, que, malgré des abords très accessibles et plutôt assez chaleureux, dès que le moindre désir s'exprime ou dès que je sens que je ne contrôle pas le sens des rapports,
je peux devenir très cassante et un vrai glaçon. Jusqu'à ce que le danger soit écarté. Et le désir évanoui.
C'est pour cela que je ne suis pas une séductrice. C'est pour cela que je suis inabordable : trop près, je deviens un hérisson. Un hérisson extrêmement efficace : le plus motivé des hommes se
carapate vite fait ! Ou alors il faut que l'homme soit complètement dans un autre registre que la séduction : et alors, là, je deviens une charmeuse.
Mais, trop près, trop précis, trop "désirant", je me barre en courant.
Pas toujours, me direz vous.
Non, mais, faut avouer, très souvent.
Je ne sais pas pourquoi j'ai peur de perdre le contrôle : peur de souffrir ? Bah, j'ai déjà pas mal souffert à cause des sentiments et je n'en suis pas morte !
Non. Peur de ne pas être à la hauteur, sans doute. Peur de ne pas être assez désirable. C'est un comble : fuir le désir des autres de peur que celui ci s'échappe...
Je suis épatée par tous ceux et celles qui se laissent aller au désir des autres, qui le vivent comme quelque chose de simple, de naturel et de libérateur.
Je suis coincée, vous allez dire.
Oui, sûrement.
Mais peut être pas.
A vrai dire, je ne sais pas comment on se laisse aller dans la vie. Je ne sais pas comment on laisse échapper une situation. Et, pour accueillir le désir, il faut bien sûr ne pas maîtriser les
choses.
C'est assez douloureux, vous savez, mesp'titscocos.
Parce que je sens maintenant que la vie m'échappe. Je veux dire, la vie que je voudrais avoir.
Je sens que la vie a toujours été un jeu trop sérieux. Je sens que le plaisir en est absent et ça me peine.
Cela vient sûrement de très loin, cette histoire. Tous les psys que j'ai rencontrés ne l'ont peut être pas cerné parce qu'il y a assez peu de temps que je l'exprime.
Grâce, encore une fois, à monaméricain : "I'd like to see you lose your control", il disait. Il avait compris, comme il comprenait beaucoup de
choses.
Si, comme le pense Cécile, il s'agit toujours de piquer Papa à Maman, alors c'est peut être une attitude que j'ai adoptée pour plaire à monpapa.
Monpapa pensait que toutes les femmes étaient des "salopes", des tentatrices, des immorales et que l'homme était un pauvre jouet dans leurs mains. Il pensait (et pense toujours) que les femmes
étaient des êtres inférieurs.
J'ai assez vite compris que, pour séduire monpapa, il fallait que je le fasse avec moncerveau. Que monpapa aimait mon cerveau. Il me trouvait intelligente, j'étais bonne élève. Maintenant, il
déborde de fierté, il admire montravail. Physiquement, nous n'avions pas beaucoup de relations : ce n'est pas un papa qui changeait les couches de ses enfants ou qui donnait à manger.
Physiquement, petite, je ne me souviens que de règles :
pas de jupes en dessous du genou, il faut se tenir comme ci et comme ça quand on est une petite fille bien élevée, il aimait les cheveux longs, j'avais les cheveux longs, pas dans les yeux. Mon
père aimait le sport, mon frère faisait du sport, moi non : ils avaient donc un rapport "physique". Moi je ne pouvais pas me battre sur le terrain du corps.
Alors, très vite, j'ai détaché mon corps de ma tête. Et j'ai écouté l'une et ignoré l'autre.
Comment voulez vous que j'apprenne le désir ?
Quand on a appris que le désir faisait de vous une mauvaise fille ?
Vous me direz : le temps a passé et il serait temps d'évoluer et de passer à autre chose.
Certes...
Mais, on met du temps à devenir soi même.
Allez, je me replonge dans le supplément de Marie-Claire !
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